9 oct. 2015

"les agitations de Sergi López et de Jorge Picó sont époustouflantes"

30/40 Livingstone, un titre mystérieux pour une vraie pépite de théâtre. La fantaisie écrite et interprétée par Sergi López et Jorge Picó avait d’ailleurs eu un succès amplement mérité à Avignon en 2014.

Tout commence par un jeu de cache-cache entre un homme et un drôle de personnage muet qui porte des bois de cerfs.

Puis Sergi López, tout en mimiques, nous explique que son truc à lui, c’est chercher. Chercher quoi ? On ne sait pas, mais chercher loin, loin de la maison-taxidermique de ses parents dans laquelle chaque chose a la même place depuis 40 ans. Ici, le père regarde impassiblement un match de tennis, complétement étranger aux préoccupations existentielles d’un fils qui veut fuir ce monde trop carré pour lui.

Et six ans après son départ, c’est la rencontre avec cet homme-animal, Monsieur le Cerf, comme il l’appelle. S’agit-il d’un animal divin ou d’un être ayant pris la forme d’un imbécile pour passer inaperçu ?

L’incarnation de cette bête étrange par un Jorge Picó muet, mais ô combien expressif et fascinant, associée au flux de paroles de Sergi López réussissent à nous transporter dans une fable loufoque. Ce dernier est épatant : attendrissant quand il bégaie, touchant quand il évoque son ventre grassouillet plein d’un vide qui l’angoisse, tordant quant il se meut à la façon d’un danseur contemporain, inquiétant quand il s’énerve, percutant quand son discours fait de non-sens se teint de sens politique. La façon dont il essaie d’apprivoiser le cerf est un ballet inouï qui va et vient de l’émerveillement à l’infantilisation en passant par le mimétisme. Et quand le cerf mime un match de tennis, les commentaires de l’explorateur-arbitre deviennent autoritaires… De l’originalité à n’en plus finir, du farfelu, au service du désir salutaire mais ardu de tuer le père… à moins qu’il soit finalement plus facile de tuer le cerf ? Si comme le disait Paul Valéry, « l’homme est un animal enfermé à l'extérieur de sa cage ; il s'agite hors de soi », les agitations de Sergi López et de Jorge Picó sont époustouflantes et ouvrent des réflexions sur la liberté désirée en proie à la rigidité de la norme.

Ivanne Galant


 voici la critique sur le web

30/40 Livingstone

Écrit, mis en scène et interprété par : Sergi López et Jorge Picó

Creation musicale Oscar Roig
Lumière Lionel Spycher
Technicien son et lumière : Rubèn Taltavull
Casquette : Amadeu Ferrer,Clap Produccions

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